Maintenant, je voudrais examiner avec vous ce qui se passe dans la méditation et quels sont ses effets.
La méditation permet de développer de nombreuses qualités aux aspects spirituels et humains. Ainsi, la volonté est accrue au fur et à mesure de notre pratique et l'on peut plus facilement se concentrer sur tel ou tel sujet. On peut aussi acquérir une certaine maîtrise des sens. En résumé, il se produit en l'homme qui médite une purification, un allégement, une faculté de réponse meilleure, une subtilité plus grande dans ce qui est ressenti ou pensé.
Physiquement même, de grands changements se produisent dans le cerveau et le système nerveux en général. Il se forme de nouveaux courants nerveux, de nouveaux conduits et même de nouvelles cellules et certaines cellules inutilisées deviennent actives.
Nous avons vu que la conscience se retire dans l'enclos le plus secret, le plus profond de l'homme, là où il atteint les niveaux divins. Le méditant franchit la porte que le seigneur Suprême a ouvert devant lui "J'ai ouvert devant toi une porte que personne ne peut fermer, parce que toi, qui a peu de force, tu as gardé ma Parole et tu n'as point renié mon Nom" (Apocalypse 3 : 8 - lettre à l'Eglise de Philadelphie).
Tourné vers l'intérieur avec le désir d'approfondir, il devient facile d'utiliser les énergies mises à sa disposition pour se frayer un chemin vers l'Esprit et boire à la source d'Eau Vive, et l'Evangile nous le confirme bien : "Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura plus jamais soif ; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en Vie Eternelle" (Evangile Saint-Jean 4 : 14).
Passons maintenant à ce qui est lié à l'architecture et la construction. Saint Paul nous dit dans sa Première Epître aux Corinthiens (5 : 40) "Il y a (aussi) des corps célestes et des corps terrestres, mais autre est celui (= l'état) des corps célestes... On est perdu dans la faiblesse, mais on ressuscite dans la force ; on est semé corps physique et l'on ressuscite corps spirituel" et il ajoute "S'il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel". Ainsi, psyché ou en hébreu, nephesh, qui caractérise l'âme animale, doit s'effacer devant pneuma, donc par Daath à Neschamal suivant la terminologie hébraïque, pour que l'homme retrouve sa Vie Divine. De "psychique" le corps devient "pneumatique", incorruptible, immortel. Cette substitution s'ébauche, s'opère pendant la vie sur terre par le Don de l'Esprit.
Comment obtenir ce Don de l'Esprit si ce n'est en prenant contact avec Lui dans la méditation ?
La méditation nous aide à construire ce corps céleste, spirituel. Ce corps céleste doit être formé, c'est à dire mis en forme, "architecturé", construit pour y abriter celui qui s'y recueillera dans sa Vie Divine.
Ce corps céleste n'est autre que le Temple Spirituel et intérieur que chacun de nous élève à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers. L'édifice reste longtemps au stade des fondations, car il est fondé sur la Sagesse et celle-ci ne s'acquiert qu'avec le travail persévérant. Longtemps, l'aspirant constructeur est en contradiction avec les règles de la Sagesse, puis la partie visible, peut-on dire, se révèle et chaque méditation permet d'apporter des pierres de moins en moins brutes à l'édifice, et le moment arrive enfin, où les pierres sont apportées parfaites de la carrière de la vie de chaque jour, et où les couleurs y sont peintes par l'homme, le constructeur et l'artiste. La beauté orne le Temple car l'aspirant architecte sait que la beauté vient d'En-Haut et représente l'une des plus sublimes caractéristiques de toute oeuvre divine, et ainsi manifeste en même temps l'équilibre et l'harmonie. Puis, la force achève le Temple de Salomon en soi, car le plein développement requiert la puissance et le travail se termine rapidement. Alors le bâtisseur peut, de plus en plus, tendre à "ramener" sa vie à l'intérieur du Temple, à l'élever vers et dans celui-ci, par la manifestation de toutes les qualités divines.
Comment le bâtisseur, libéré des attaches purement humaines, peut-il connaître les règles de la construction parfaite ?
Ces règles, il les connaît par la voix de sa conscience qui s'adresse à Dieu d'une part et qui récolte ce qui vient de Dieu d'autre part.
Dans la méditation, il offre tout au Principe Unique, à l'Absolu : ses espoirs, ses attentes, ses difficultés, ses erreurs, ses faiblesses. C'est pourquoi, à l'heure de la contemplation, la disposition intérieure doit être profonde, stable et dédiée entièrement à Dieu. Ainsi, la grâce d'En Haut, dans le calme, l'atteindra et il lui sera donné la Paix Profonde, l'Amour. Il croîtra en stature, en sagesse, en Dieu qui est le Maître Absolu de nos consciences. A cette étape du travail, le méditant sera entièrement à la disposition du Divin : "Seigneur, tout t'appartient et me voici seulement pour faire Ta Volonté". Car il sait, comme Saint Jacques (Epître : 17) que "toute grâce excellente, tout don parfait viennent d'En Haut, et descendent du Père des Lumières en qui, il n'y a aucune vibration, ni aucune ombre de changement" et c'est bien là l'un des buts de la méditation : être prêt à recevoir le don, la grâce, rejoindre le Père des Lumières dans sa conscience et accéder aux dimensions supérieures de Vie.
Tout est prêt pour l'opération à venir. L'homme ainsi purifié, allégé, va pouvoir se tenir "face à face" avec Dieu. Souvenez-vous de ce que dit l'Apocalypse au sujet de ce "face à face" avec Dieu : comme celui plongé dans la méditation profonde les Sept Puissants Esprits devant le Trône sont "face à face" avec Dieu, ils ne sont pas Dieu, ils sont "devant" le Trône de Dieu.
Souvenez-vous aussi de ce que dit l'Ange à Zacharie au Premier Chapitre de l'Evangile de Saint-Luc (I : 19) "Je suis Gabriel qui me tient devant Dieu". L'Ange est face à face avec Dieu. Mais allons plus loin !
Que signifie ce qui se tient "devant " ou "face à face" ?
En Grec, cela se dit parestekos, ce qui signifie à la disposition, soumis, prêt à se rehausser... en Dieu, prêt à en recevoir l'aide ou la grâce. Ainsi, celui qui médite véritablement est "parestekos", à la disposition de Dieu, soumis à Dieu. Rejoignant en cela la véritable signification du mot Islam : Etre dans l'islam, c'est être soumis à Dieu, à sa disposition, "face à face".