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Mercredi 26 mars 2008

Il reprit ensuite la route d'Ispahan où il savait obtenir des appuis sérieux en hommes et argent. Puis, il décida de gagner les montagnes du Sud de la Caspienne en vue d'y trouver un lieu suffisamment dur où il pourrait s’établir et s'organiser. Il disposait maintenant d'assez d'hommes à la foi intense et qu'il savait dévoués jusqu'à la mort à la cause de l’Ismaélisme réformé. C'est alors que se produisit un événement qui augmenta considérablement son audience auprès des ismaéliens. Il venait de quitter la ville avec sa troupe lorsqu'il fut rattrapé par un de ses anciens serviteurs Egyptiens portant un enfant qu'il déclara être le fils de Nizar ; il avait pu le sauver au moment où Nizar avait été massacré. Cet enfant fut aussitôt considéré comme le nouvel Imam caché, l'enfant-Dieu, et Hasan était son prophète. Et ce prophète allait prêcher la révolte contre l'Islam !

 

Remontant vers le Nord, Hasan s'installa avec sa troupe à Damegan, ville fortifiée de la chaîne montagneuse bordant le Sud-Est de la Caspienne. Cette ville lui était fidèle, et était suffisamment loin d'Ispahan dont elle était séparée par une zone désertique ; en cas d'alerte, Hasan savait pouvoir compter sur plusieurs forteresses voisines pour lui prêter main forte. Après avoir prospecté un certain temps la région, il trouva enfin ce qu'il cherchait : un château entouré de murailles se dressait en haut d'une montagne semblant suspendue au-dessus d'un paysage désertique, sauvage, au relief tourmenté, et d’accès difficile. C’était ce qu'il cherchait, et il était Sûr que son inspiration ne le trompait pas !

 

Ce Château de la Région du Roudbar était assez éloigné de la ville la plus proche, Kazwin. Alamout était la résidence de Mahdi, de la famille des Alides, gouverneur fidèle au Sultan d'Ispahan et à son Grand Vizir. Hasan se heurterait de ce fait à des difficultés pour s'en emparer, mais il décida de passer outre et retourna à Damegan pour préparer soigneusement la réalisation de son projet. Il y passa environ un an, puis se rendit à Kazwin. Il fit pénétrer à Alamout quelques uns de ses partisans chargés de lui ménager un terrain favorable en ralliant la garnison à l’Ismaélisme. Et, un jour de septembre 1090, on vit un vieillard isolé à l'allure majestueuse inspirant le respect entrer dans la forteresse. Il semblait méditer près de la résidence de Mahdi lorsque celui-ci l’aperçut. Le vieillard s'approcha alors de lui. Il était vêtu d'une robe blanche à ceinture rouge. "Je suis le guide, le "Dih-Khoda", dit-il à Mahdi. "Et toi, qui es-tu ?" - "Je suis le serviteur du Sultan", répondit Mahdi - "Alors va-t'en, ta place n'est plus ici... Tu diras aux hommes du Sultan qu'il y a maintenant un maître à Alamout, qu'il y a fondé un Ordre de moines et de guerriers, et que ce maître se nomme Hasan Sabbah, le Maître de la Montagne". Isolé et abandonné par son entourage, Mahdi dut s'incliner. Hasan lui remit un billet dans lequel il indiquait au destinataire, le gouverneur de Damogan, d'avoir à payer trois mille dinars à Mahdi comme prix de la forteresse d'Alamout. Mahdi fut évidemment fort sceptique car le gouverneur de Damegan était un personnage considérable qu'il pensait fidèle au Sultan ; aussi fut-il fort surpris lorsque quelques semaines plus tard il remit le billet à son destinataire : le gouverneur baisa l’écrit et versa aussitôt la somme ! Une première expédition montée au milieu de 1092, par ordre du Sultan pour reprendre Alamout, se solda par un échec à cause de l’hostilité qu'elle rencontra  dans la région de la part de la population. Furieux, le Grand Vizir Nizan-al-Mulk entreprit lui-même une nouvelle opération avec des moyens considérables. Il ne serait pas possible à Hasan de s'y opposer sur le plan militaire. Mais, le 16 octobre 1092, Nizan fut poignardé sur sa litière dans une rue de Bagdad, par un homme qui se déclara un fidèle du Seigneur de la Montagne. Et, quelques semaines plus tard, le Sultan mourait empoisonné dans son palais d'Ispahan. Ce fut le début d'une série d'assassinats dont furent victimes les personnalités les plus haut placées, ennemies de l’Ismaélisme réformé. Le Seigneur de la Montagne avait en effet décidé de pratiquer sur une grande échelle le crime nécessaire. Cette action fut couronnée de succès. L’autorité du Sultan était battue en brèche, l'administration se désorganisait, paralysée qu'elle était par la terreur ; des citadelles tombaient les unes après les autres, le pouvoir du Seigneur de la Montagne devenait considérable. C'est peut-être à cette action qu'il faut attribuer le nom d’assassins donné par les occidentaux à la secte des Ismaéliens d'Alamout. Certains auteurs pensent cependant que ce nom est une déformation de "hascischins", qui signifie "mangeurs de haschisch" ; d'autres pensent que ce nom vient de "assas", le gardien, le veilleur, qui protège les routes, mot dont le pluriel est" assassine". Mais par quels moyens le Seigneur de la Montagne avait-il pu parvenir à une telle puissance, avec des ressources en hommes au début assez limitées ? Combien étaient-ils, en effet, ces premiers fidèles, ces premiers "Fidawis" ? Moins de deux cents à Alamout même, si l'on en croit le récit qu'en fit au Sultan, une personne de son entourage renseignée par des espions. Parmi eux, des rescapés du naufrage du navire sur lequel Hasan avait été refoulé d'Egypte, en particulier quelques Francs ; puis des Syriens, des Irakiens, et bien Sûr des Iraniens. Tous étaient vêtus de la robe blanche à ceinture rouge qui sera  utilisée par tous les fidawis.

 

Après qu'il se fut rendu maître d'Alamout, Hasan avait peu à peu chassé de la citadelle tous ceux qu'il ne jugeait pas dignes de servir son dessein. Il les avait installés, ainsi que les femmes, dans un village situé à l’intérieur des murs de la place. Les vides avaient été facilement comblés par les Ismaéliens accourus de l’extérieur pour le servir. Parmi ceux-ci, Hasan faisait lui-même un choix très sévère,. Hasan occupait une petite pièce très simple dans le château, à côté de la bibliothèque dans laquelle il s'enfermait de longues heures, voir même des jours, ayant devant lui le paysage grandiose et sauvage de la rude montagne du Roudbar.

 

Il lisait et méditait beaucoup, rédigeait ses mémoires, écrivait des traités métaphysiques dont une petite partie seulement ont été retrouvés tout récemment. C'est là qu'il rédigea, en particulier, ce "Nouvelle prédication", message dans lequel il précisait l'essentiel de sa doctrine. Celle-ci s’écartait sensiblement de celle des Ismaéliens d'Egypte qui s'en tenait trop exclusivement à une interprétation ésotérique du Koran et à la recherche du sens caché de chaque science. Une notion nouvelle y Était introduite, c’était que la sagesse des hommes ne suffisait pas, et qu'on ne pouvait accéder à la véritable connaissance qu'en suivant aveuglement l'Imam, intermédiaire obligatoire entre l'homme et la divinité.

 

Hasan avait su s'imposer, et son autorité était incontestée, ce qui ne peut s'expliquer que par le rayonnement d'une personnalité hors du commun. Il avait établi une règle stricte à laquelle devaient se plier tous ceux qu'il avait admis dans son Ordre secret, à la fois gnostique et guerrier. L’austérité y était absolue, et chacun devait à tout moment être prêt pour toute mission qui lui serait confiée. Son fils aîné et un de ses amis ayant été reconnus coupables de l'assassinat d'un des leurs, il les fit décapiter devant lui et tous les fidawis assemblés. Il fit de même un peu plus tard pour son deuxième fils accusé d'avoir bu du vin, ce qui était strictement défendu par la règle. On raconte qu'il utilisait le haschisch pour provoquer l'exaltation de ceux dont il voulait utiliser les services en s'assurant  de leur soumission absolue. Endormis au haschisch, ils étaient transportés dans un jardin paradisiaque, ou qu'ils voyaient tel sous l'effet de la drogue, puis étaient ramenés chez eux après avoir été à nouveau drogués. A leur nouveau réveil, on leur expliquait que leur vision de l'Eden n’était pas un rêve, qu'ils étaient élus grâce à leur soumission au Seigneur de la Montagne, que cette soumission devait être maintenant totale, et qu'ils étaient devenus dignes de mourir pour l’idéal de l'Ordre. Mais, ils devaient garder le secret absolu.

par Jean de Gisors publié dans : Enseignement communauté : Spiritualité - Esotérisme
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Mardi 25 mars 2008

Hasan se dirigea vers les montagnes où se trouvaient les grottes qui, 15 siècles plus tôt avaient déjà servi de refuges aux zélateurs du culte de Mithra, menacés d'esclavage par les Séleucides, et aux "sept Dormants" de la légende. Il était à bout de fatigue lorsqu'un vieil homme se dirigea vers lui et le conduisit vers une grotte comportant plusieurs salles qu'il parcourut successivement. Des hommes armés et masqués, vêtus d'une robe noire et d'un manteau rouge, ou d'une robe blanche à ceinture rouge, s'y trouvaient réunis. Dans la dernière salle, où il fut conduit, siégeait le Maître des lieux entouré de sept hommes. après avoir récité des textes incantatoires et initiatiques, le Maître rompit le pain qu'il partagea avec les sept hommes, et but dans une coupe, où burent successivement les autres. Il s'approcha ensuite d'Hasan qui était resté au centre de la salle et dessina autour de lui avec la pointe de son poignard des cercles et des triangles magiques en prononçant des paroles sacrées. Puis, un des hommes lut des textes secrets et inconnus des profanes attribués à Jean L’évangéliste évoquant la vraie signification de la Passion de Jésus.

 

Il fut révélé à Hasan qu'il se trouvait devant le "Seigneur de la Montagne" qui devait vivre caché ; mais que lui, Hasan, avait été  depuis longtemps choisi pour être le premier "Seigneur de la Montagne" devant se manifester à l’extérieur. Il devait fonder une confrérie dont le rôle serait d'accomplir les volontés du Maître secret. Il fut informé que des armées franques nombreuses et puissantes se préparaient à envahir l'Orient méditerranéen, et se préparaient à s'entendre avec eux pour combattre les Arabes et les Turcs qui étaient leurs ennemis communs. Ce sont eux qu'il fallait détruire par tous les moyens, même la terreur, Hasan devrait se rendre en Egypte pour y rencontrer les maîtres de l’Ismaélisme où ils étaient puissants, et être instruit par eux. Il y apprendrait aussi l'art étrange des herbes et leur utilisation comme moyen de puissance. Après avoir subi avec Succès les difficiles Epreuves initiatiques qui lui furent imposées, Hasan quitta la grotte du Maître secret de la Montagne. Il rejoignit Reï, sa ville natale, où il vécut caché pendant plus de quatre ans, et où sa femme vint le rejoindre, fuyant elle aussi Ispahan où il l'avait épousée. Elle donna successivement le jour à une fille et deux garçons. Puis, en 1076, il partit pour l'Egypte où il parvint après un périple de deux ans au Moyen Orient, au cours duquel il rendit visite aux communautés ismaéliennes afin de les préparer à une action prochaine.

 

A son arrivée en Egypte, Hasan fut accueilli avec beaucoup d’Egards par les autorités ismaéliennes haut placées à la cour du Calife Fatimide Mustansir. Il fréquenta assidûment la "Maison des Sciences" du Caire, où il recueillit les fruits de quatre millénaires de culture et de sciences occultes. Il visita le sud du pays, y médita devant les témoins des civilisations passées dans la vallée des Rois, les ruines de Thèbes, de Louqsor, de Karnak.

 

Après environ un an de Séjour, on le fit assister à une séance initiatique organisée pour lui. On lui révéla de nouveaux mystères. On lui expliqua que l’Ismaélisme secret était une communauté gnostique détenant la connaissance occulte des secrets de l'univers et la plus haute forme de savoir qui ne pouvait être révélée qu’à de rares initiés. On lui fit connaître les enseignements de grands Maîtres gnostiques tels que Simon le Magicien, philosophe juif qui fut un des fondateurs de la doctrine gnostique, Basilide d'Egypte, philosophe de l’école alexandrine du II° siècle avant J.C., Valentin d'Alexandrie, qui vivait dans cette ville au II° siècle de notre Ère. On lui confirma sa mission qui était de retourner dans son pays pour y mener le combat de la lumière contre les ténèbres. Et enfin, il découvrit l'usage du Haschisch, drogue presque inconnue en Iran, qui procurait l'extase et l'exaltation et conférait une totale indifférence aux souffrances et à la mort. Elle créait des liens puissants hors de la commune mesure humaine entre ceux qui l'utilisaient, les "haschishins".

 

Hasan Etait devenu une autorité spirituelle incontestée et fut reconnu comme chef des ismaéliens. Mais, une nouvelle fois, il se laissa emporter par ses ambitions temporelles et se lança dans les intrigues politiques, ce qui, une nouvelle fois, ne lui réussit pas. Le Calife Mustansir avait deux fils, Mustawilli et Nizar, dont l'un devait être désigné comme héritier. De sourdes intrigues divisaient la cour à ce sujet. Assez maladroitement, Hasan prit ostensiblement parti pour Nizar, s'opposant ainsi au puissant Grand Vizir du Calife. Un jour, Nizar disparut de la cour, enlevé ou assassiné. Puis, le Grand Vizir organisa une réunion à laquelle il convia de nombreuses personnalités, dont Hasan. A la fin du banquet, des gardes s’emparèrent des invités qui furent tous massacrés. Hasan dut à sa qualité d’étranger, de ne pas subir le même sort, mais il fut à moitié assommé et déposé sur un navire franc en partance pour l'Europe. Le navire fut pris dans une terrible tempête et menaçait de sombrer. Hasan réussit à subjuguer l’équipage et à imposer son autorité. Il réussit à convaincre les hommes affolés que ceux, qui lui obéiraient et le suivraient, auraient la vie sauve. La tempête s'apaisa et les vents poussèrent le navire vers la côte de Syrie. Les hommes qui considéraient Hasan comme leur sauveur le suivirent aveuglement jusqu’à Alep. Ce petit groupe, composé de francs, de grecs et d'arabes fut rejoint par des habitants de la ville, constituant ainsi le premier noyau de la confrérie qu'Hasan projetait de former. Puis, Hasan réussit à convaincre les autorités ismaéliennes d'Alep que la secte ismaélienne d'Egypte était menacée de destruction, qu'il avait reçu la mission d’établir en Iran le centre de l’autorité Ismaéliennes, et que c'est lui qui devait en être le chef. Il se targuait d'avoir sauvé de la mort le prince Nizar, ainsi que le jeune fils qu'il venait d'avoir. Nizar, disait-il, était le nouvel Imam caché ; il connaissait son lieu de retraite, restait en liaison avec lui, et il était le seul à recevoir ses directives. On Etait en 1081, année qui peut être considérée comme la première année de l’Ismaélisme réformé de Hasan-ibn-Sabbah.

 

Pendant environ trois années, Hasan parcourut l'Orient et reçut partout un accueil empressé des Ismaéliens. Il alla d'abord à Bagdad, puis retourna à Ispahan où sa tête fut mise à prix par le grand Vizir Nizan-al-Mulk, et où il dut s'enfuir. Il visita alors les régions riveraines du Golfe Persique et de la Mer d'Oman, et se fixa momentanément à Kerman. Dans cette ville orientale de l'Iran, il découvrit des Ismaéliens à l'humeur guerrière et décidés à l'action. Il en incorpora quelques centaines, et peut-être eut-il l’idée dès ce moment, qu'en mettant des hommes de cette trempe sous l'influence du haschisch, il en ferait un instrument remarquable pour la réalisation de ses projets.

par Jean de Gisors publié dans : Enseignement communauté : Spiritualité - Esotérisme
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Lundi 24 mars 2008

Nous arrivons à un grand tournant : l’Ismaélisme qui n'avait jusqu'alors lutté contre l'Islamisme que sur le plan des idées, fut pris en main par l'iranien Hasan-ibn-Sabbah, grand mystique et politique. L’Ismaélisme se fit d'une intransigeance absolue et voulut être l'expression d'une Volonté de surhumanité : il devint aussi un instrument d'actions violentes contre les Musulmans orthodoxes et fit trembler tout l'Orient pendant plus d'un siècle. Hasan est plus connu sous le nom de "Cheik-el-Djebel". Cheik signifiant maître, ou supérieur d'une confrérie, vieillard digne de respect, Cheik-el-Djebel a été le plus souvent traduit par Vieux de la Montagne, ou Seigneur de la Montagne. Hasan, fils de Sabbah, était issu d'une vieille famille iranienne. Il fit ses études à la célèbre université de Nichapour, dans le Khorassan, où professait un Imam très âgé, vénéré pour sa grande sagesse et l’étendue de ses connaissances. Il s'y lia d’amitié avec deux autres étudiants Iraniens qui devaient avoir une grande influence sur sa destinée : Nizan-al-Mulk, et Hakim Omar-Kheyan. Les trois étudiants partageaient la même chambre et travaillaient ensemble les matières qui leur étaient enseignées par leur maître : aspects exotériques et ésotériques du Coran, philosophies de la Grèce, de l'Inde et de la Perse, recherches mathématiques et astronomiques.

 

Peu avant leur séparation et sur la proposition d'Hasan, ils firent le serment que celui qui atteindrait la gloire ou la fortune, devrait partager avec les deux autres en toute égalité. Or, après une brillante carrière administrative, Nizan-alMulk devint le Grand Vizir du Sultan turcoman Alp Arslam, deuxième de la dynastie Seldjoukides qui régnait sur l'Iran.

 

Hakin, le premier, alla revoir son ancien ami. Il se mit sous sa protection et lui demanda seulement de pouvoir s'occuper de poésie et de philosophie. Hasan prit peu après contact avec le Grand Vizir. Beaucoup plus ambitieux, il obtint  d’être nommé son conseiller. Une grande maison fut mise à sa disposition dans l’intérieur du palais du Sultan, à Ispahan, avec tout le personnel nécessaire. Vers la fin de son règne, le Sultan et son Grand Vizir menèrent une campagne victorieuse contre l'Empire Byzantin et s’emparèrent de l'Asie Mineure. Hasan préféra rester à Ispahan pour s'adonner à la lecture et à la méditation. Ayant accès à la bibliothèque du palais, il y découvrit un monde nouveau en consultant les commentaires ésotériques du Koran et de la Bible, ainsi que des textes de la tradition iranienne pré-islamique, en particulier des Ecrits du Prophète Zarathoustra. Par la rencontre apparemment fortuite qu'il fit à cette époque d'un homme nommé Abdoul Fazl, qui se présentait comme un modeste bourgeois d'Ispahan, mais qui était en fait un initié, il apprit que des maîtres de la tradition zoroastrienne vivaient en communauté dans les montagnes du Nord de l'Iran, dans des grottes où ils étaient à l'abri des regards des arabes et des turcs. Abdoul pourrait lui révéler le moyen d'arriver à ces grottes si Hasan le désirait. Hasan préféra aller jusqu'au bout de son expérience politique dont il attendait beaucoup pour la satisfaction de ses ambitions, et cela malgré le scepticisme exprimé par Abdoul quant aux résultats à attendre.

 

Après des débuts prometteurs auprès du nouveau Sultan qui avait succédé à son père Alp Arslan assassiné en 1072, Hasan se heurta à l’inimitié grandissante de son ancien ami le Grand Vizir. Celui-ci se méfiait en effet de plus en plus de son ambition. Au cours d'une audience du Sultan à laquelle il assistait, Hasan fut victime d'une trahison. Le Grand Vizir ayant fait décider par le Sultan son arrestation immédiate, il n’échappa à son sort qu'en sautant brusquement par une fenêtre et réussit à s'enfuir. Il se réfugia chez Abdoul Fazl qui semblait l'attendre. En fait, le Grand Vizir négligea de le poursuivre. Accablé et humilié, Hasan erra dans la campagne, isolé de tous. Dormant à la belle Etoile, il eut pendant cette "traversée du désert" des rêves visionnaires. Les prophètes lui apparaissaient et le confirmaient dans la mission qu'il sentait être la sienne, lui révélant la marche à suivre. Son rôle à lui, Hasanibn-Sabbah, était de s'assurer la domination des hommes pour les guider vers la recherche de la divinité. Et ce, par tous les moyens, le bien comme le mal. L'Iran, terre choisie par Zarathoustra pour donner son message, l'Iran qui séduisit Alexandre, devait servir de creuset à une nouvelle expansion spirituelle qu'il avait pour mission de provoquer et de guider.

par Jean de Gisors publié dans : Enseignement communauté : Spiritualité - Esotérisme
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Dimanche 23 mars 2008

Historiquement parlant, le mot "chiite" désigne ceux des Musulmans qui ont choisi Ali et les membres de sa famille comme seuls dignes d'exercer "l'imama" : la direction spirituelle de la communauté.

 

Du point de vue de leur implantation géographique, trois sous-groupes peuvent Etre distingués chez les chiites :

 

·      Les Zaydites du Yemen.

 

·      Les Imamites répandus en Irak, au Liban et en Iran.

 

·      Les ismaéliens très nombreux en Iran, ainsi qu'en Inde et au Pakistan. Mais, au sens où nous l'entendons, il faut considérer l’Ismaélisme comme un mode de pensée, se voulant inspiré par Ismaël ; qui avait été désigné par son père Djafar comme son successeur, se distinguait par son génie, sa science et ses nombreuses connaissances. Il vit se grouper autour de lui des chiites enthousiastes. Ismaël mourut avant son père qui désigna comme nouveau successeur son second fils Abdallah. Mais Djafar et Abdallah moururent peu après. Une partie des chiites se groupèrent autour de Moussael-Kazim, qui descendait d'Ali seulement par son père et qu'ils reconnurent comme Imam. Mais les fidèles d’Ismaël n’acceptèrent pas cette décision. A la mort de Moussa, en 799, conduits par Mubarak, qui avait été un disciple très proche d’Ismaël, ils contestèrent la légitimité des deux successeurs de Djafar, Abdallah et Moussa, et proclamèrent qu'ils ne reconnaissaient comme valable que la désignation d’Ismaël, leur premier Imam, et choisirent comme deuxième Imam, son fils Muhammad. Ce fut l'instauration du cycle des Imams cachés, et l’Ismaélisme prit, à partir de ce moment, un caractère ésotérique et intransigeant. Le mouvement se consolida à partir du IX° siècle, grâce, en particulier à l'action de l'iranien Abdallahibn-Maymum, qui avait été un disciple fervent de Djafar et un serviteur dévoué de son fils Ismaël.

 

Nous retrouverons cet Abdallah-ibn-Maymum, un peu plus loin dans cette Etude. A l'origine, l’Ismaélisme eut son centre principal dans la ville de Kufa, située non loin de Babylone, sur le Bas-Euphrate. Kufa Etait le siège d'une importante mosquée et constituait un centre culturel important imprégné par la philosophie grecque, et où florissaient encore des vieilles religions et doctrines.

 

En fait, en se répandant en Iran, l'Islamisme n'avait pas réussi à arabiser les Iraniens sur le plan spirituel. Ceux-ci restaient fidèles à leurs traditions aryennes et aux messages que leur prophète Zoroastre, connu aussi sous le nom de Zarathoustra, avait répandus quinze siècles auparavant.

 

Aux mouvements de populations de l’époque préhistorique, avaient succédé, à des époques plus récentes, l'invasion des Assyriens, puis au IV° Siècle avant J.C. celle des Macédoniens conduits par Alexandre le Grand, puis l’arrivée des Juifs au moment de leur dispersion qui survint après l’Ecrasement de leur révolte par l'empereur romain Adrien au II° Siècle de notre Ere. Mais, toujours, les Iraniens de souche avaient su conserver intactes leurs traditions, et leur philosophie,  comme ils le firent encore après les terribles invasions turques et mongoles au XI° et au XIII° siècles.

 

On sait combien Alexandre le Grand avait été séduit par la civilisation iranienne qu'il avait non seulement préservée, mais adoptée en grande partie.

 

Les Iraniens avaient éprouvé de la sympathie, puis de l'enthousiasme pour les Ismaéliens partisans d'Ali. Ils plaignaient leurs infortunes qu'ils assimilaient aux leurs, et ils en vinrent à considérer Ali comme le prophète dépositaire de la tradition ésotérique, alors que Mahomet avait seulement révélé aux hommes, une religion plus exotérique en imposant une sévère législation. En revanche, ils détestaient les Musulmans orthodoxes et ne songeaient qu’à les abattre.

 

Dans la deuxième moitié du IX° siècle, l'Iranien Za´dian, de son nom arabe Mohamad-ibn-Hosa´d, philosophe et astrologue Erudit, féru des traditions léguées par les vieux mages de la Perse, pensa que le moment était venu de ravir le pouvoir aux arabes. Il disposait d'une grande fortune qu'il était prêt à utiliser dans ce but, mais il ne voyait pas, par quels moyens y parvenir. C'est Abdallah-ibn-Maymum, dont nous avons parlé plus haut, qui lui suggéra ces moyens. C’était leur foi qui faisait la force des arabes. Pour arriver à l’anéantissement de la domination arabe, il fallait profiter des divisions qui s’étaient instaurées entre eux, faire alliance complète avec les Ismaéliens partisans d'Ali et les convaincre de se révolter contre les partisans orthodoxes du prophète. Les doctrines de ces Ismaéliens étaient, somme toute, assez proches des croyances des Iraniens. Ils se faisaient de Dieu une opinion beaucoup plus ésotérique que celle de Dieu du Coran. Ils pensaient que Dieu avait tout d'abord créé la "Raison Universelle", qui avait manifesté à son tour "l’âme Universelle", laquelle avait créé l’univers "en engendrant la matière première, l'espace et le temps". Emanation de ces cinq principes, l'homme tentait de remonter vers sa source pour se fondre dans la "Raison Universelle". Il y était aidé par les prophètes et les Imams qui étaient des incarnations suscitées par la Raison et l’âme Universelles, pour guider les hommes vers la lumière céleste.

 

Les religions existantes, bien que paraissant différentes sur le plan exotérique, avaient sur le plan ésotérique les mêmes enseignements occultes. Elles n’étaient que des étapes sur le chemin d'une religion définitive.

 

Il était donc possible de rechercher une entente avec leurs adeptes. Après avoir obtenu l’adhésion totale de Za´dan à ses idées, et un soutien financier considérable de sa part, Abdallah-ibn-Maymum eut l’habilité d'approcher chaque secte sans heurter ses convictions religieuses. Il avait élaboré un système qui était à la fois religieux, philosophique, politique et social et tentait de démontrer à ses interlocuteurs que leurs croyances s'accordaient sur le plan ésotérique avec son système. Il expliquait que Mahomet était un prophète qui avait été précédé par les prophètes Adam, Noé, Abraham, Moïse et Jésus. La mission des prophètes était de proposer aux hommes des religions de plus en plus parfaites pour faciliter leur retour à l’état primordial. Les six Imams de la postérité d'Ali, disait-il par exemple aux Ismaéliens les plus nombreux, ceux qui reconnaissaient Mohammad-ibn-Ismaél comme Imam, avaient préparé la voie à ce dernier qui était le septième Imam. Il y a toujours eu, disait-il sept pontifes après chaque prophète. Il y aura de même sept pontifes à la suite de Mohammad, et, moi, Abdallah, je suis le premier d'entre eux. Vous devez me suivre pour être sauvés, il faut s'abandonner à la direction de l'Imam de son époque. Pour approcher les juifs, les chrétiens et les Musulmans orthodoxes, Abdallah avait instauré sept degrés initiatiques qui devaient Etre franchis petit à petit, et au cours desquels, on expliquait aux adeptes les insuffisances des aspects exotériques de leur religion. Il fallait en chercher le sens caché. On leur révélait progressivement les mystères, contre leur engagement de garder le secret. Leur libre arbitre disparaissait peu à peu, et on leur expliquait qu'il ne fallait pas voir dans cette soumission un acte servile, mais un acte justifié par le fait que le chef détenait des pouvoirs supérieurs en tant qu’Emanation terrestre de la divinité. Les succès remportés par Abdallah et ses descendants furent considérables. C'est un de ces descendants qui fonda en Afrique du Nord la célèbre dynastie des Fatimides, qui créa la ville du Caire et en fit sa capitale. On enseignait la doctrine des Ismaéliens dans les universités de cette ville qui étaient dotée de grands moyens. La plus large y régnait sur les plans philosophiques et religieux, et on y pratiquait un large oecuménisme. Puis, il y eut une période d’Eclipse après que Nour-ed-Din, pieux et orthodoxe, eut renversé la dynastie des Fatimides au XI° siècle. Un des successeurs de Nour-ed-Din, Hakin, réforma la doctrine des Ismaéliens et prétendit se faire passer pour la manifestation de Dieu sur terre, heurtant ainsi les Ismaéliens pour qui Dieu ne pouvait s'incarner mais ne se manifeste qu’à travers la Raison et l’âme Universelle. Hakin ne parvint qu'en partie à son but, et les Ismaéliens reprirent de l'influence après sa mort, sous le règne du Calife Mustansir monté sur le trône d'Egypte.

par Jean de Gisors publié dans : Enseignement communauté : Spiritualité - Esotérisme
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Samedi 22 mars 2008

On sait de façon certaine qu'au cours de leur séjour en Orient, les templiers ont été en relations avec les ismaéliens.

 

Nous allons nous efforcer de montrer l'importance qu'ont eu ces contacts, pour l’évolution de la doctrine et de l’idéal des Templiers. Mais il est nécessaire de préciser tout d'abord qui étaient les ismaéliens, ce qu'ils représentaient sur les plans philosophiques et religieux, et la place qu'ils occupaient en Orient, au moment où  s'ouvrent les Croisades, à la fin du XI° siècle. D’après certains auteurs, et d’après la tradition arabe, les ismaéliens auraient tiré leur nom d’Ismaël, fils d'Abraham et de sa servante Egyptienne Agar. Cette origine se situerait donc aux environs de 1850 avant J.C., époque généralement admise pour l'existence d'Abraham. Ces ismaéliens étaient établis dans le Hedjaz, l'Arabie déserte, d’où ils se sont ensuite répandus dans toute l'Arabie. C'est à cette race qu'appartenait la famille des kora´chites, établis autour de ce qui devait devenir la Mecque, famille au sein de laquelle naquit le prophète Mahomet. Bien que les historiens arabes n'aient pu remonter la lignée généalogique de Mahomet que jusqu’à Adnan, qui vivait en 130 avant J.C., la tradition dit que cet Adnan descendait effectivement d’Ismaël. Mais, l'espace d'environ 17 siècles qui sépare Adnan d'Abraham, est à vrai dire assez mal jalonné sur le plan historique, et, au delà encore, on entre dans le domaine des arcanes mystérieuses où les personnages de la Genèse, qui n'apparaissent dans les traductions les plus usuelles de l'Ancien Testament que sous un aspect physique exotérique, peuvent n’être en réalité, que des véhicules de valeurs ésotériques. On pourra lire à ce sujet Saint Yves d'Alveydre, qu'Edouard Shuré considère comme un des maîtres de la pensée ésotérique. Dans son ouvrage "La Mission des Juifs", publié en 1884, Saint Yves d'Alveydre attribue à Moïse la volonté constante et précise de faire ressortir à travers les personnages de la genèse, l'expression quaternaire 1 + 3 (unité plus triade des Principes) : 

·      Principe de l’univers vivant, unité Adam-Eve, qui se manifeste dans la triade Caïn, Abel et Seth. 

·      Principe de Vie de notre système solaire, Noé, et sa triade Sem, Sam, Japhet. 

·      Principe Social comme Thareh, qui se manifeste en Abram, Nacher et Aran. 

Saint Yves d'Alveydre précise le sens occulte à donner à chaque triade. Mais cantonnons-nous à l'ère historique et revenons à notre sujet. Les Ismaéliens dont nous nous occupons sont ceux qui tirent leur nom d'un autre Ismaël, fils de Djafar et descendant du Prophète  Mahomet. Mahomet est né à la Mecque, probablement en l'an 570 de notre ère. On sait, de façon plus sûre, qu'il est mort en 632 à Médine. On notera que c'est cette dernière date qui a été retenue pour le commencement de l’ère musulmane, en souvenir de cette fuite, en arabe : "l’Hégire". Mahomet descendait de Kossa´, descendant lui-même de Fihr, surnommé "El Kora´ch", et qui fut vers l'an 200 de notre ère le fondateur de la tribu des kora´chites. De son épouse, la riche veuve Khadidja, descendant elle-même de Kossa´ ; Mahomet eut trois fils, tous morts en bas âge, et quatre filles, dont l'une, Fatima, épousa Ali, neveu et fidèle compagnon de Mahomet. Du point de vue de l’évolution de la pensée religieuse, l'Islamisme a donné naissance, quelque temps après la mort du prophète, à deux grands courants : le mouvement "sunnite" et le mouvement "chiite". Les sunnites sont ceux qui suivent les principes édictés par la "Sunna", recueil des préceptes d'obligations tirés des pratiques édités par le prophète et les quatre califes dits "orthodoxes" qui lui ont succédés. Il s'agit d'un mouvement purement exotérique qui sort du cadre que nous nous sommes fixés pour la présente Etude. 

Le mot arabe "Calife", qui signifie Vicaire, Etait le titre que prirent les membres de la famille du Prophète Après sa mort, et qui régnèrent à ce titre sur les Musulmans. Les premiers Califes réunissaient le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Par la suite, le pouvoir temporel fut délégué au Sultan.

par Jean de Gisors publié dans : Enseignement communauté : Spiritualité - Esotérisme
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