Fabre d'Olivet tient pour certain que "s'il est vrai, comme tout l'atteste, que Moïse ait laissé une loi orale,
c'est parmi les Esséniens qu'elle s'est conservée". "Les pharisiens qui se flattaient si hautement de la posséder, n'en avaient que les seules apparences, ainsi que Jésus le leur reproche à
chaque instant. C'est de ces derniers que descendent les juifs modernes, à l'exception de quelques vrais savants dont la traduction secrète remonte jusqu'à celle des
Esséniens".
La version du Sepher, qui avait été communiquée aux Samaritains, avait été écrite en langue vulgaire. Cette
version, qui a plus de rapport avec l'hébreu, que celle utilisée dans les Targums qui se sont succédés et détruits les uns les autres, mérite plus de confiance qu'eux.
Après, la période de tranquillité dont jouiront les juifs sous la protection des monarques persans, survinrent au
IV° siècle des conquêtes d'Alexandre. La langue grecque modifia de nouveau l'idiome de Jérusalem, en l'éloignant de plus en plus de l'hébreu et du véritable Sepher.
Après la mort d'Alexandre, ce fut un de ses anciens généraux, Ptolémée I, qui monta sur le trône d'Egypte.
Créateur de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie, il voulut que le Sepher y figura. En ayant obtenu une copie, il en fit faire une traduction en grec, ce qui donna naissance à la version des
"Septants". Il eut tout naturellement recours, pour cette traduction, aux Esséniens du mont Moria. Ceux-ci se gardèrent bien de révéler, à cette occasion, les mystères dont ils étaient
dépositaires. Puis, on compléta un peu plus tard ce texte par la traduction grecque des additions d'Esdras. Le tout fut approuvé par les 70 juges du Sanhédrin de Jérusalem.
Ce fut cette version, en langue grecque, dite des "Septants", qui fut répandue et qui était utilisée au moment de
la venue de Jésus.
Effrayés par le développement du Christianisme, les Juifs rejetèrent la Bible hellénistique. Il y eut une période
de contestations et de disputes entre tenants de la version des "Septants" et tenants de la version originale, jusqu'au moment où Saint Jérôme entreprit la traduction latine dénommée la
"Vulgate".
De nombreux savants, docteurs de la religion et exégètes, se penchèrent sur les problèmes posés par ces
traductions différentes de la Bible, pour tenter de lever l'obscurité sur le sens du Sepher. Mais, "dans quelque langue qu'on le tourne, c'est toujours la version des hellénistes qu'on traduit,
puisque c'est elle qui sert de lexique à tous les traducteurs de l'hébreu", dit Fabre d'Olivet.
Quant à lui, il entreprit l'oeuvre monumentale de "restituer la langue hébraïque", "en rétablissant cette langue
perdue dans ses principes originels ; en secouant le joug des hellénistes, en reconstruisant son lexique ; en pénétrant dans les sanctuaires des Esséniens. En se méfiant de la doctrine extérieure
des juifs ; en ouvrant enfin cette arche sainte, qui, depuis plus de trois mille ans, fermée à tous les profanes, a porté jusqu'à nous, par un décret de la Providence Divine, les trésors amassés
par la sagesse des égyptiens".
Son premier ouvrage a été de fabriquer une grammaire. "La grammaire des langues anciennes, disait-il, n'est pas
l'art de les parler, ni même de les écrire... mais l'art de les entendre, de pénétrer dans le génie qui a présidé à leur fonction, de remonter à leur source".
C'est en cherchant à remonter à l'origine de la Parole qu'il avait rencontré la langue hébraïque et qu'il l'avait
envisagée comme "un de celles dont les principes grammaticaux pouvaient le plus sûrement conduire à cette origine inconnue, et en dévoiler les mystères".
Puis Fabre d'Olivet a utilisé sa grammaire pour la traduction de la "Cosmogonie de Moïse". C'est ainsi, qu'il
désigne les premiers chapitres du Beraeshith. Il s'est limité à ces 10 chapitres qui porte le caractère de son nombre. Décade sacrée où se développent suivant la signification des nombres, la
naissance de l'Univers et ses principales vicissitudes.
D'après Fabre d'Olivet, la division en chapitres et versets, qui a souvent été attribuée à Esdras, est beaucoup
plus ancienne, et c'est Moïse lui-même, qui l'a adoptée, Moïse qui avait appris la science des Nombres, chez les égyptiens.
Sans entrer dans la science des Nombres, Fabre d'Olivet fait remarquer que la "Cosmogonie" proprement dite, dont
chaque chapitre porte le caractère de son nombre, se renferme dans une sorte de décade hiéroglyphique. Il fait remarquer aussi, que le dixième chapitre n'appartient pas à la Cosmogonie proprement
dite, qu'il n'est qu'une sorte de passage , de lien entre deux parties d'un même tout. Il appartient d'avantage à la Géologie qu'il commence, qu'à la Cosmogonie qu'il finit.
Et, à l'occasion de ce dixième chapitre, il donne une ouverture sur la signification du nombre 10, dans la langue
des nombres. "Ce nombre 10 est à la fois final et initial, c'est à dire qu'il termine la première décade et commence la seconde, renfermant ainsi deux expressions, et se présentant en même temps,
comme terme et comme principe".
Regardez, le tableau ci-dessous :
1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13.14.15.16.17.18.19.......
1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13............
1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13............
On voit que le nombre 10 de la première décade au nombre 1 de la seconde, qu'en suivant la progression
arithmétique de chaque ligne, les nombres correspondants sont 10 et 1, 11 et 2, 12 et 3, etc... 27, 18 et 9, 28 et 19 et 10.
Chaque nombre simple s'obtient en additionnant les membres du nombre complexe : 10, soit 1 + 0 donne 1 - 11, soit
1 + 1 donnent 2 12, soit 1 + 2 donnent 3... 27, 18 donnant 9 - 28, 19 donnent 10 qui donne 1 etc...
Ceci étant, Fabre d'Olivet indique que les 10 premiers chapitres du Beraeshith ne répondent pas à la première
décade du tableau, mais à la seconde, "ce qui donne à penser que le livre avait un commencement composé de 9 chapitres, dont le premier du Beraeshith formait le dixième. Ce commencement était
consacré à la Théogonie, et roulait sur l'essence de la Divinité". "J'ai de fortes raisons de penser, dit Fabre d'Olivet, que Moïse, ayant reçu du sanctuaire de Thèbes ces principes théogoniques,
les supprima, ne jugeant point, avec juste raison, les Hébreux, qu'il était appelé à conduire, en état de les supporter. Il se borna à la Cosmogonie, et commença son ouvrage à la manière que nous
l'avons vu".