Pour aboutir à une traduction correcte du texte hébraïque de la Cosmogonie de Moïse, Fabre d'Olivet s'est astreint à établir deux versions littérales, véritables mot à mot, l'une en anglais, l'autre en français. Ces deux versions sont accompagnées de notes nombreuses et détaillées, dans lesquelles Fabre d'Olivet a appliqué les règles de sa grammaire, analysant chaque mot par sa racine, et se confrontant chaque fois que nécessaire, avec le mot correspondant samaritain, chaldaïque, syriaque, arabe, éthiopien même, et grec.
Il n'est pas question de suivre dans le détail, dans le présent exposé, le travail considérable effectué par Fabre d'Olivet, ce qui nécessiterait d'ailleurs la connaissance de l'hébreu. Les versions littérales, en particulier, sont accompagnées d'une quantité de notes explicatives dont la teneur est fort intéressante, même sans la connaissance de la langue hébraïque. Elle l'est surtout pour la détermination du sens ésotérique de la Genèse. Il nous semble bon de rappeler, à ce sujet, les remarques de Fabre d'Olivet concernant le premier mot de la Cosmogonie, "Beraeshith", et qui est valable pour les autres mots.
"Je dirai que ce mot, dans la place où il se trouve, offre trois sens distincts : l'un propre, l'autre figuré, le troisième hiéroglyphique. Moïse les a employés tous les trois, comme cela se prouve par la suite même de son ouvrage. Il a suivi, en cela, la méthode des prêtres égyptiens... qui avaient trois manières d'exprimer leur pensée. La première était claire et simple, la seconde symbolique et figurée, la troisième sacrée ou hiéroglyphique. Ils se servaient, à cet effet, de trois sortes de caractères, mais non pas de trois dialectes, comme on pourrait le penser. Le même mot prenait à leur gré le sens propre, figuré, ou hiéroglyphique. Tel était le génie de leur langue. Hiéraclite a parfaitement exprimé la différence de ces trois styles en les désignant par les épithètes de parlant, signifiant et cachant. Les deux premières manières, c'est à dire celles qui consistaient à prendre les mots dans le sens propre ou figuré, étaient oratoires ; mais la troisième, qui ne pouvait recevoir sa forme hiéroglyphique qu'au moyen des caractères, dont les mots étaient composés, n'existait que pour les yeux, et ne s'employait qu'en écrivant. Nos langues modernes sont extrêmement inhabiles à la faire sentir. Moïse, initié dans tous les mystères du sacerdoce égyptien, s'est servi avec un art infini de ces trois manières, sa phrase est presque toujours constituée de façon à présenter trois sens ; c'est pourquoi, nul espèce de mot à mot, ne peut rendre sa pensée. Je me suis attaché autant que je l'ai pu, à exprimer ensemble le sens propre et le sens figuré. Quant au sens hiéroglyphique. Il eut été trop souvent dangereux de l'exposer ; mais je n'ai rien négligé pour fournir les moyens d'y parvenir, en posant les principes et en donnant les exemples".
Nous retiendrons ci-après, deux exemples à travers lesquels, Fabre d'Olivet montre comment arriver au sens hiéroglyphique d'un mot. Nous rapporterons ces deux exemples en résumant et signifiant dans la mesure du possible, les explications de l'auteur.
Prenons d'abord le mot "Beraeshith", le premier de la Genèse.
En hébreu, il s'écrit jycadb, graphisme qui se décompose comme suit : le substantif cad, et les deux modificatifs qui l'encadrent b et jy . Dans le langage ordinaire, on voyait dans le substantif central "un chef, un guide, la tête de tel être, de telle chose que ce fut" ; et le mot complet signifiait "dans le principe, avant tout".
Dans le langage figuré, il signifiait "un premier moteur, un principe agissant, un génie bon ou mauvais, une volonté droite ou perverse, un démon, etc"... "Voici comment on peut arriver au sens hiéroglyphique, dit Fabre d'Olivet, que je cite : Le mot cab sur lequel s'élève le modificatif jycadb signifie bien la tête ; mais ce n'est que dans un sens restreint ou particulier. Dans un sens plus étendu et plus générique, il signifie le principe. Or, qu'est-ce qu'un principe ? Je vais dire, de quelle manière l'avaient conçu les premiers auteurs du mot cab. Ils avaient conçu une sorte de puissance absolue, au moyen de laquelle tout être relatif est constitué tel ; et ils avaient exprimé leur idée par le signe potentiel a, et le signe relatif c réunis. En écriture hiéroglyphique, c'était un point au centre d'un cercle. Le point central déployant la circonférence, était l'image de tout principe. L'écriture littérale rendait le point par a , et le cercle par m ou c. La lettre m représentait le cercle sensible, la lettre c, le cercle intelligible qu'on peignait ailé ou entouré de flammes.
Un principe, ainsi conçu, était dans un sens universel, applicable à toutes les choses, tant physiques que métaphysiques ; mais dans un sens plus restreint, on l'appliquait au feu élémentaire ; et selon que le mot radical ca était pris au propre ou au figuré, il signifia le feu, sensible ou intelligible, celui de la manière ou celui de l'esprit.
Prenant ensuite, ce même mot ca, dont je viens d'expliquer l'origine, on le faisait régir par le signe du mouvement propre et déterminant d , et l'on obtenait le composé cad , c'est à dire, en langage hiéroglyphique, tout principe jouissant d'un mouvement propre et déterminant, d'une force innée bonne ou mauvaise. Cette lettre d se rendrait, en écriture sacrée, par l'image d'un serpent, debout ou traversant le cercle par le centre...
Dans le langage hiéroglyphique, on voyait dans le mot cad le Principe principiant universel, dont il n'était point permis de divulguer la connaissance".
Prenons comme deuxième exemple le mot Adam mda (Chapitre I Verset 26) "les prêtres égyptiens, auteurs de ce nom mystérieux, ont composé avec un art infini". Ce nom ne signifie pas seulement un homme, mais, comme l'avait très bien vu le traducteur en langue samaritaine, l'Universel, le genre humain. C'est l'Homme collectif, le Règne Nominal. Tel est le sens propre du mot mda .
Dans son sens figuré, c'est l'image d'une assimilation immortelle, d'une agrégation de parties homogènes, indestructibles.
La racine hiéroglyphique du nom d'mda est da composée du signe de la puissance unitaire, principiante, et du signe de la divisibilité, elle offre l'image d'une unité relative. Mais cette racine étant revêtue du signe collectif m prend un développement illimité. L'unité relative mda pourrait être représentée par le nombre 10, est le signe m en développera à l'infini la puissance progressive, comme 1 - 100 - 10000, etc...
En matière de conclusion, j'ai établi un tableau entre la bible et la traduction de Fabre d'Olivet.
En rapprochant ces deux textes, on ne manquera pas d'être étonné par l'éclairage nouveau que Fabre d'Olivet apporte à la Genèse. Mais, ce sera l'objet de notre prochaine communication.
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